Comme deux âmes liées, comme deux corps faisant front
Comme le ciel et la terre, comme les racines et le fruit
Comme deux étoiles dans une constellation
Frère et sœur
Lola et Tom avaient abandonné leurs chevaux depuis des heures déjà. À ce moment, le soleil était encore haut dans le ciel. Ils avaient marché longtemps depuis. Maintenant, ils étaient si profonds dans les bois que la lumière ne passait presque plus dans les frondaisons.
Cheveux bruns de l’ours
Cheveux aussi libres que ses vers
Cœur d’ours, cœur libre
Tom
Tom baissa la tête pour passer sous une branche épineuse, monta les jambes pour passer au-dessus d’une racine noueuse. Son pied roula sur une pierre et sa cheville vrilla. Il s’effondra sous le poids de son sac et de la fatigue.
La forêt
Foyers des arbres, des elfes, des évadés et du hibou
Celui qui la comprend y vit en roi, qui la méprise tombera aux loups
Sous son toit de feuilles, trouves-y abris fraîcheur et fruits
Mais gare à la faim, aux chutes et au troll
Ici pas de sentier, seulement toi
pour trouver ton chemin
Lola accouru à ses côtés. Sans une once de difficulté, elle le releva, lui tendit son bâton, le déchargea d’un sac et dans quelques mots d’une langue oubliée, remplit magiquement sa gourde. Tom s’aspergea le front, but une gorgée et repartit. Sans sa sœur, il serait envahi par le désespoir.
Teint pâle, longue natte d’ébène
Ton railleur, langue bien pendue
Tout du corbeau, de la pie, de la corneille
Aussi solaire que le phénix,
Lola
Car lors de la lune précédente, Lola avait réussi à rencontrer son esprit guide. Elle avait joué et chanté des heures durant, à s’en saigner les doigts sur les cordes de harpe, assise sur un rocher au milieu du torrent. Elle avait attiré une ondine. Depuis, l’esprit des sources veillait sur elle. Depuis elle maîtrisait l’eau aussi bien que sa voix. C’était pour cela qu’elle s’était enfoncée dans cette forêt avec son frère, pour l’aider dans sa quête de son propre guide. Pour que lui aussi, puisse maîtriser la magie qui coule dans ses veines depuis que les fées l’aient baptisé.
Calme mais animé par la juste colère,
l’eau
Résistant, juste, fonceur,
la terre
Sous les flots ou les tempêtes, au mille visages, s’adapte,
l’eau
Qu’importe le froid, qu’importe la faim, qu’importe les coupe se relève,
la terre
Pour la cadette,
l’eau
Et pour l’aîné,
la terre
Et ainsi, ils marchèrent, toute la nuit, même si cela leur parut tout un hiver. Ils se perdirent, revinrent dix fois leurs pas, tombèrent mille fois sur la même souche morte. Les animaux semblaient les prendre en pitié, les lutins semblaient se moquer d’eux. Ils étaient persuadés d’entendre derrière chaque branche le grognement du ventre affamé de l’ogre.
Puis au jour enfin levé,
Un sentier sembla se dessiner
Les arbres semblèrent s’écarter pour laisser un passage à Tom
Et soudain,
Comme le vent portant les étoiles
Comme la lumière de la lune venue sur terre
Comme toute la terre, les arbres, la pierre, les champignons
Comme pour accueillir un des leurs, comme pour accueillir leur reine
Comme un peuple se lève
Au galop, la licorne